Lettre d’une abeille à la rédaction

Je ne reconnais plus ma nature

« Dehors, quand je sors de ma ruche, je ne reconnais plus mon pays. Où sont passées ces prairies où mon peuple allait butiner il y a 20 ou 30 ans à peine ? Il ne reste plus que des immensités mornes et uniformes… Des déserts de céréales et d’oléagineux où la famine s’installe à chaque saison… Où est cette diversité de fleurs, indispensable à notre bonne santé ? Où sont les 5 pollens variés par jour dont nous avons besoin ? Au lieu de cela, nous n’avons plus à butiner que, cerise sur le gâteau, des fleurs empoisonnées…

Même l’eau que nous buvons est empoisonnée. Et quand nous rentrons au nid, voilà que de vilains frelons viennent nous happer en plein vol, des milliers de mes sœurs se font ainsi décimer chaque année ! Savez-vous d’où ils viennent ?

Notre espèce en péril

Dans nos ruches, ce n’est guère mieux. Nos cires, notre propolis et notre air sont pollués, tout cela fragilise notre santé. Mais, nous sommes aussi fragilisées par des générations d’exploitation contre-nature qui favorisent les maladies et les parasites, qui eux pullulent. Les varroas, pour ne parler que d’eux, sont arrivés sans crier gare, clandestinement dans des ruches venues de l’autre bout du monde. En moins de 5 ans, ils ont tout envahi et ne craignent pas de faire disparaître les plus faibles d’entre nous. Soi-disant pour nous en débarrasser, des « amis » déversent sur nos têtes des pesticides, des produits estampillés « tète de mort ». Impossible de les éviter, surtout qu’avec le travail qu’on nous impose, la ruche est en stress maximal !

abeilles de la ruche en état de stress

Et après le constat ?

Nos poux eux, ont tout le loisir de résister à ces poisons. Depuis 30 ans qu’ils sont la, les varroas ne se sont jamais portés aussi bien, quand nous sommes plus faibles que jamais ! Cette situation ne vous interpelle pas ? À quoi servent tous vos soins ; ne sont-ils pas nos pires maux ? Nous savons par des cousines sauvages, que si vous nous aviez laissés tranquilles, nous aurions pu apprendre à nous défendre contre eux ! Le pire c’est que l’histoire se répète, d’autres parasites arrivent sur nos territoires, transportent eux-aussi clandestinement dans vos ruches « de compétition », à qui vous demandez toujours plus… Jusqu’où irez-vous ? Jusqu’à quand allons nous tenir ? Il semblerait que cette situation ne dérange que de rares personnes.

Les pages de vos magazines sont pleines de publicité pour acheter des reines à l’autre bout du monde, pour des produits toxiques ou des camions citernes pleins de sirop de sucre dont vous nous nourrissez pour mieux nous prendre notre miel, sans regret ni remords. « C’est pour leur bien » dites-vous sans sourciller ! Ne voyez-vous pas que nous sommes au bout du rouleau ?

Nous voulons y croire !

Vous nous dites qu’Abeilles en liberté veut nous aider à faire entendre notre voix… Nous donner la parole ! Pourquoi pas… Nous ne voulons pas empêcher l’Humanité d’exister, ni de produire, mais nous demandons qu’elle le fasse sainement, avec le minimum de respect due au êtres vivants à qui elle doit d’exister.

Parce que nous ne pouvons le faire nous-même, que ce message soit porté par une revue animée par des Amis de la Nature est pour nous un signe d’espoir… Comme vous, nous voulons y croire. Nous voulons encore voir des vers de terre dans les champs, des coquelicots* fleurir et des insectes les butiner… Et des moineaux pépier aussi…

Alors oui, longue vie à Abeilles en liberté ! »

* L’appel des coquelicots et des pollinisateurs.

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