Université Paris-Saclay, CNRS, IRD, UMR Évolution, Génomes, Comportement et Écologie, Gif-sur-Yvette, France.
Les colonies vivant à l’état sauvage s’installent majoritairement dans des cavités de feuillus, notamment celles creusées par des pics ou formées naturellement dans de vieux chênes2 (Figure 1-A). On les retrouve également dans des structures artificielles comme des cheminées, des poteaux électriques ou encore des trous dans des murs (Figure 1-B). La raréfaction de ces habitats de nidification pourrait contribuer au déclin des abeilles mellifères vivant à l’état sauvage3,4, en interaction avec d’autres facteurs tels que la prédation et la diminution des ressources alimentaires5. On estime à plus de 80 000 les colonies nichant dans les forêts européennes6, réparties selon une densité moyenne évaluée à 0,26 colonie/km² 7. Cependant, nous en connaissons relativement peu sur l’écologie de ces colonies vivant à l’état sauvage, car la grande majorité des recherches faites sur l’espèce se concentrent sur les ruches. Ces colonies soulèvent aujourd’hui des questions fondamentales : Comment survivent-elles sans gestion humaine ? Dans quelle mesure sont-elles adaptées à leur environnement ? Combien d’entre elles vivent à l’état sauvage en Europe ?


En apiculture, il est établi que les colonies d’abeilles mellifères gérées subissent des pressions multifactorielles impactant leur survie. Les principales causes de mortalité en apiculture sont le manque de ressources florales (en quantité, qualité et diversité), l’exposition à des produits agrochimiques, les parasites et pathogènes, le changement climatique et les multiples interactions entre ces facteurs8–10. Les pratiques apicoles telles que le nourrissage, les traitements sanitaires et le contrôle de la reproduction, atténuent les pressions de sélection naturelle. Il reste toutefois à déterminer si ces interventions pourraient influencer la capacité des populations d’abeilles à développer des réponses adaptatives, et dans quelle mesure. L’étude des colonies vivant à l’état sauvage offre ainsi une opportunité unique d’étudier la réponse de l’espèce aux pressions multifactorielles, sans interférence de la gestion apicole.
Le projet européen FREE-B a pour objectif d’étudier comment les abeilles mellifères vivant à l’état sauvage survivent et se développent dans leur environnement naturel. Dans une perspective de solutions fondées sur les mécanismes naturels, le projet vise à identifier des pratiques apicoles innovantes et plus proches du fonctionnement naturel des colonies, pour préserver la diversité biologique, renforcer la résilience des populations et, à terme, promouvoir un changement transformateur en apiculture.
La perception des acteurs jouant directement sur les actions de gestion ou de conservation11, cela pourrait aussi s’opérer en apiculture. Comprendre ces perceptions est une étape clé pour construire des recommandations scientifiquement fondées, socialement acceptables et applicables sur le terrain. C’est pourquoi nous avons élaboré un questionnaire européen standardisé visant à recenser les perceptions et opinions des acteurs en relation avec l’apiculture (en particulier les apiculteurs et les vétérinaires) sur les colonies vivant à l’état sauvage. Cette approche par questionnaire est essentielle pour garantir la cohérence des recherches menées afin qu’elles prennent en compte les attentes, les connaissances et les pratiques des parties prenantes.
Ainsi, si vous êtes apiculteur ou vétérinaire, nous vous invitons à répondre à ce court questionnaire, qui ne vous prendra pas plus de 15 minutes à remplir. N’hésitez pas également à le partager avec les apiculteurs et vétérinaires de votre entourage. Merci d’avance pour votre précieuse participation ! Ce questionnaire est anonyme destiné à des fins de recherche uniquement, et n’aura pas d’utilisation commerciale.

Références
1. Requier F, Garnery L, Kohl PL, et al. The Conservation of Native Honey Bees Is Crucial. Trends Ecol Evol. 2019;34(9):789-798. doi:10.1016/j.tree.2019.04.008
2. Kohl PL, Rutschmann B. The neglected bee trees: European beech forests as a home for feral honey bee colonies. PeerJ. 2018;6:e4602. doi:10.7717/peerj.4602
3. Oleksa A, Gawroński R, Tofilski A. Rural avenues as a refuge for feral honey bee population. J Insect Conserv. 2013;17(3):465-472. doi:10.1007/s10841-012-9528-6
4. Rutschmann B, Kohl PL, Machado A, Steffan-Dewenter I. Semi-natural habitats promote winter survival of wild-living honeybees in an agricultural landscape. Biol Conserv. 2022;266:109450. doi:10.1016/j.biocon.2022.109450
5. Kohl PL, Rutschmann B, Sikora LG, et al. Parasites, depredators, and limited resources as potential drivers of winter mortality of feral honeybee colonies in German forests. Oecologia. 2023;202(3):465-480. doi:10.1007/s00442-023-05399-6
6. Requier F, Paillet Y, Laroche F, et al. Contribution of European forests to safeguard wild honeybee populations. Conserv Lett. 2020;13(2):e12693. doi:10.1111/conl.12693
7. Visick OD, Ratnieks FLW. Density of wild honey bee, Apis mellifera, colonies worldwide. Ecol Evol. 2023;13(10):e10609. doi:10.1002/ece3.10609
8. Hristov P, Shumkova R, Palova N, Neov B. Factors Associated with Honey Bee Colony Losses: A Mini-Review. Vet Sci. 2020;7(4):166. doi:10.3390/vetsci7040166
9. Potts SG, Biesmeijer JC, Kremen C, Neumann P, Schweiger O, Kunin WE. Global pollinator declines: trends, impacts and drivers. Trends Ecol Evol. 2010;25(6):345-353. doi:10.1016/j.tree.2010.01.007
10. Requier F. Bee colony health indicators: synthesis and future directions. CABI Reviews. 2019. Accessed February 6, 2026. https://www.cabidigitallibrary.org/doi/10.1079/PAVSNNR201914056
11. Requier F, Fournier A, Rome Q, Darrouzet E. Science communication is needed to inform risk perception and action of stakeholders. J Environ Manage. 2020;257:109983. doi:10.1016/j.jenvman.2019.109983

