Des abeilles dans les arbres

par Adrien Pierrin.

Article rédigé par Michael Thiele dans le neuvième numéro de la revue Abeilles en liberté.

Une vision apicentrique

Des essaims installés à l’intérieur des arbres, en fusion avec leur hôte, échangeant avec l’écosystème qu’est l’arbre creux, constitue une relation symbiotique qui profite aux abeilles. Michael Thiele annonce des bénéfices multiples : protection, isolation et aussi liberté de construction (cire) et d’aménagement du nid par les abeilles, dont le bien-être sera sans égal. Suivons-le sur cette piste que nous explorons aussi…

Michael J Thiele

Un nid d’abeilles dans l’arbre

Les abeilles et les arbres ont été des compagnons intimes, ils ont vécu ensemble depuis des millions d’années. Haut au-dessus du sol, dans l’utérus d’un arbre et la profondeur des forêts anciennes, elles prospéraient dans les creux de petits arbres et y vivaient en cohérence intime avec un voisinage de plusieurs espèces. C’est là que la morphologie et la vie de la colonie (l’apian), ses actes reflètent ce berceau écologique primordial. Un réseau écologique, composé d’une communauté multi-espèces participe à la genèse de la cavité : pics, champignons et bactéries, insectes, chauves-souris et autres mammifères à quatre pattes.

On ne peut que se demander si, et comment, les arbres contribuent à ce processus ? Suivent-ils leurs propres visions en acceptant la croissance d’organes api-arboréaux ressemblant à un utérus ? L’habitation destinée à l’être abeille arboricole ressemblant bien à un utérus. Cette connexion colonie/arbre s’opère en hauteur, on la trouve souvent à 3 à 5 m au-dessus du sol. Il y a une affinité naturelle de l’abeille avec le biome ambiant des écosystèmes arboricoles qui ont des qualités nourrissantes et synergiques. Le nid douillet est entouré de parois épaisses et bien isolantes. Les fibres du bois agissent comme un accumulateur de chaleur et soutiennent également le processus physiologique en régulant la température de la colonie (comme un corps de mammifère) ainsi que la régulation de l’eau, constituant ainsi un environnement idéal pour l’intérieur du nid.

L’extrême contradiction des habitats

Lorsque nous examinons le paradigme apicole contemporain dans ce contexte, nous trouverons une extrême contradiction entre les nids sauvages des abeilles mellifères et les parois minces des ruches de production. L’impact sur la gestion de l’eau en est un exemple : en raison de l’isolation insuffisante des ruches à parois minces, toute la physiologie de l’essaim est affectée et les points de rosée de l’eau peuvent se trouver à l’intérieur de la ruche. Cela conduit à son tour à la condensation de la vapeur d’eau sur les murs du nid (coins froids) ce qui a un impact sur la santé et le bien-être des abeilles à plusieurs niveaux.

Ces problèmes de condensation induisent un éloignement des critères naturels du nid des abeilles et de la composition de son microbiome apien… La délicate dynamique interne en sera affectée et se concrétisera par l’apparition de moisissures et autres micro-organismes non symbiotiques qui se répandent et créent un dysfonctionnement. À l’inverse, les nids arboricoles sauvages fournissent les conditions appropriées pour le bien être physiologique et émotionnel de l’être apien, la colonie.

Documentaire « Rewilding Honeybees » réalisé par Michael Thiele.

Ils agissent comme un caractère héréditaire et reflètent l’ancienne cohérence de l’ensemble colonie/arbre. Cela permet également au rayon (et au couvain) de fonctionner dans une multiplicité d’échanges complexes entre d’innombrables agents et forces. Le rayon est une matrice de fascination et un (méta-)organe interne de l’être apien. Dans la nature, le rayon se développe en s’adaptant à la forme unique de la cavité du nid, à l’emplacement des entrées, la circulation d’air et autres influences morphogénétiques complexes.

La cire est souple et reste en place selon la construction d’origine (elle n’est jamais déplacée comme dans les ruches à cadres). Elle s’exprime dans des compositions ondulantes et variables. Leur forme et leur formation ont un sens, une intention et une fonction. Les ruches conventionnelles n’ont pas cette liberté.

Des recherches internationales à l’appui

Des recherches entomologiques contemporaines, réalisées par différentes communautés internationales d’apiculteurs, ont montré la résilience et la longévité des abeilles sauvages non gérées, ainsi que leur capacité à vivre avec succès dans des populations autonomes. Ce faisant, elles surpassent toutes les références sanitaires de la plupart des ruchers gérés par l’homme.

L’apiculture arboricole est non seulement soutenue par cette recherche pionnière, mais aussi inspirée par des pratiques traditionnelles ancestrales. Elle imite l’environnement naturel et indigène et correspond complètement aux forces vitales et conditions de vie des abeilles. L’apiculture arboricole accorde aux abeilles le droit en question nos hypothèses et croyances sur qui sont les abeilles domestiques et quels sont leurs besoins. Comment ce changement fondamental de notre rapport aux abeilles pourrait-il donner l’impulsion à une nouvelle communauté apicole mondiale, capable de remettre en question les principes et pratiques de base de l’apiculture conventionnelle ? Et comment engager un dialogue avec cette nouvelle apiculture cosmologique émergente, si radicalement éloignée des enseignements dominants ?

Rudolf Steiner était un partisan de l’apiculture holistique, et il était prudent dans sa description des abeilles. Il les a appelées une énigme mondiale et a déclaré : « Nous pouvons apprendre beaucoup des abeilles car elles contredisent
complètement les pensées que nous élaborons à leur sujet ».

Michael J Thiele

Une nouvelle vision de l’abeille

Notre curiosité peut être une bonne ressource pour explorer de nouvelles visions du phénomène apicole dans toutes ses variantes. (N’est-ce pas la vocation d’Abeilles en Liberté ?) Au cours de la saison des abeilles 2019-2020, environ 44 % des 2 800 000 ruches sont mortes aux États-Unis. Les abeilles vivant à l’état sauvage, en revanche, ont des taux de survie importants ; elles vivent dans des contextes qui favorisent des populations autonomes. Les territoires sauvages semblent détenir une sagesse qui ouvre la voie à la survie des abeilles.

Chercher à atteindre cette sagesse équivaut à se mettre en déphasage avec l’apiculture de production. Ce positionnement s’accompagne d’une formidable opportunité de déconstruire nos erreurs et de re-conceptualiser et repenser nos modèles, cela au profit de notre propre bienêtre et de celui du monde. « En cette période d’extinction mondiale accélérée, nous sommes invités, encore et encore, à défendre la vie » dit Deborah Bird Rose… Et à nous réveiller pour créer de nouvelles identités, des complexités biotiques et spirituelles. On nous demande encore, encore et encore une fois, de vivre avec un cœur et un esprit ouvert, l’esprit d’un débutant, en marchant dans le mystère des territoires inconnus au moment présent.


Retrouvez le neuvième numéro de notre revue sur la boutique des éditions Terran Magazines :

2 réponses à “Des abeilles dans les arbres

  1. Bonjour ,
    Votre projet de ruche m’intéresse et je serai prête à installer ce genre de ruche pour ces petites travailleuses . Je préfère ce genre de ruche que les traditionnelles .
    Pourriez vous m’en dire un peu plus pour une éventuelle acquisition .
    Merci à vous et enfin plus de respect pour ces abeilles

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