PaleoApis

par Adrien Pierrin.

Article rédigé par Jean Jacques Canova dans le onzième numéro de la revue Abeilles en liberté.

Hibernation et transhumance

De ses origines tropicales, Mellifera a gardé une enviable polyvalence, mais échangé le service continu contre un rythme saisonnier. L’hivernage des abeilles succède ainsi à la réduction drastique de l’activité métabolique près de provisions constituées de longue date. Le super-organisme, alors, chauffe et rêve.

Abeille noire Mellifera

L’hibernation suppose de faire du gras, et les humains sont gourmands du lard des animaux, et du beurre dont ils veulent aussi l’argent. Ils ont inventé le service continu en milieu tempéré, aussi prolongé que possible : c’est la saison séquentielle, potentiellement éternelle, générée par la transhumance. L’abeille tropicale était aussi migratrice : des conditions défavorables à un endroit incitaient la colonie à tenter sa chance plus loin. Un pari sans les dangers mortels qui accompagnent ici le déplacement conquérant de l’essaim : brusques changements de climat, y compris au cœur de la miellée et date butoir automnale pour l’installation puis la constitution d’une population ad hoc et du stock énergétique pour l’hiver.

Evolution des comportements

Depuis quelques années, nous voyons apparaître des comportements aberrants, nouveaux et totalement étrangers à l’abeille noire, qui vont s’aggravant. La ponte quasi permanente, l’absence de provisions près du couvain, mais aussi l’essaimage « hors saison » et les désertions à des moments où ils sont suicidaires sont-ils les symptômes d’un chaos génétique qui ferait réapparaître chez certaines abeilles leurs réflexes de base ?

Après les importations et métissages productifs, les croisements sauvages entre scories des manipulations apicoles ont abouti à des génomes totalement improbables. Le déficit informationnel occasionné par la mésadaptation est source d’inefficacité pour la colonie ; il est en soi un facteur de morbidité, mais la perte de repères peut certainement se manifester de façon plus radicale. Les chocs répétés de rencontres que l’éloignement rendait impossibles peuvent-ils abolir un million d’années d’histoire évolutive ?


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2 réponses à “PaleoApis

  1. Bonjour, lorsque vous dites que « Depuis quelques années, nous voyons apparaître des comportements aberrants, nouveaux et totalement étrangers à l’abeille noire, qui vont s’aggravant » est-ce que vous voulez dire par cette affirmation que l’abeille noire a subit une dégénérescence génétique ou que des facteurs extérieurs ont modifié son comportement ?

    1. Bonjour Guillaume, malheureusement les 2 phénomènes se conjuguent. Globalement de moins en moins d’abeilles noires et de plus en plus d’hybrides, un accroissement de gènes de races sélectionnés pour la production, etc.

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