Varroa destructor et l’acarien prédateur

par Adrien Pierrin.

Article rédigé par Myriam Lefebvre dans le huitième numéro de la revue Abeilles en liberté.

La solution simple et innovante d’un apiculteur brugeois

« La terre rend une ruche saine » disait Antoine. Dernier héritier d’une lignée d’apiculteurs qui remontait à la fin du XIXe siècle, Antoine, aujourd’hui décédé, était un solitaire endurci, vivant en osmose profonde avec ses abeilles. Quand le varroa affaiblissait ses colonies, il enlevait le plancher des ruches et les mettait directement sur le sol forestier. Après deux semaines, il disait : « la bête est partie » et remettait les ruches en place. Il savait ce qu’il fallait faire pour maintenir ses colonies en bonne santé mais il ne savait pas pourquoi il le faisait. Peu lui importait d’ailleurs.

Geert Steelant

« J’ai tout appris de lui », me confie Geert Steelant, « surtout un respect profond pour les abeilles ». Pendant 10 ans, Geert qui est originaire de la région de Bruges, travaille comme jardinier dans le domaine du château de la Porte à Sandillon. C’est là qu’il fait la connaissance d’Antoine. « Le courant est passé tout de suite. Antoine guidait ses abeilles avec les mains, sans protection aucune. Son style et son authenticité me plaisaient ».

De retour en Belgique, Geert découvre des pratiques apicoles qui le consternent : ruches à cadres, planchers grillagés et traitements aux
acides organiques pour éliminer les varroas. « Ce n’est pas l’apiculture que j’avais apprise ! » Il veut comprendre ce qui avait bien pu se passer quand
les ruches d’Antoine étaient posées sur le sol. Il se met à lire avidement. Ses recherches le mènent au Canada et, en particulier, vers un duo d’entomologistes, Gillespie et Quirin. Il y a une trentaine d’années, ils découvrent un petit acarien vivant dans la couche supérieure des sols, le Straetiolaelaps scimitus. Celui-ci s’avère être un prédateur redoutable de larves (mouches, collemboles et coléoptères), de nématodes ainsi que d’une grande variété de micro-organismes et de champignons. Par la suite on teste le grand appétit de Straetiolaelaps scimitus sur les varroas et là, un grand espoir naît : l’acarien prédateur les désintègre ! Avec son rostre pointu, il transperce la cuticule de ses victimes, essentiellement dans la
zone des pattes, et suce leur hémolymphe. Un groupe d’apiculteurs canadiens (Niagara Beeway) organise des tests comparatifs de l’efficacité des acides organiques et des acariens prédateurs sur le taux d’infestation des varroas.

Leur recherche montre non seulement une efficacité plus grande du traitement avec les acariens prédateurs mais aussi l’innocuité de
ceux-ci vis-à-vis du couvain et des œufs.
L’utilisation des acariens prédateurs commence à se répandre au-delà des frontières canadiennes,
surtout chez des apiculteurs en recherche de traitements moins invasifs et non toxiques.

Observation et expérimentation

« Le problème, me dit Geert, c’est qu’ils versaient les acariens prédateurs sur le sommet des cadres. Ils devaient donc renouveler ce traitement plusieurs fois par an. » C’est là qu’il a son idée toute simple mais géniale : recréer le milieu des Straetiolaelaps scimitus sous les ruches pour
que ceux-ci se développent de manière durable.

Straetiolaelaps scimitus – acarien prédateur

Expérimentateur dans l’âme, Geert se lance dans la fabrication de caissons qu’il remplit de terre et de compost et dans lesquels il introduit quelques milliers d’acariens prédateurs. Il lui faudra plusieurs tentatives pour créer un système simple et durable. Aujourd’hui, chacune de ses ruches est posée sur un caisson sans fond placé à même le sol et rempli de compost exclusivement végétal ou de terreau. Les varroas qui tombent
sur le sol se font immédiatement transpercer. Ceux qui restent bien au chaud dans le nid des abeilles ne sont pas à l’abri car les acariens prédateurs montent sur les cires et circulent au milieu des abeilles sans les déranger.

« Cela fait cinq ans que j’utilise ce système, affirme Geert et je n’ai plus de colonies qui succombent à la varroase». Le plus important pour maintenir
les acariens prédateurs en vie est le taux d’humidité de la terre dans le caisson : ceux-ci ont besoin de 30 % d’humidité pour se développer.

Si la méthode de Geert Steelant est actuellement pratiquée dans une vingtaine de pays par des centaines d’apiculteurs satisfaits, elle n’enthousiasme pourtant pas tout le monde : mettre les ruches directement sur la terre, pire, sur du compost, reste un frein à l’utilisation des acariens prédateurs dans la lutte contre la varroase. Pour les rassurer, des
Stratiolaelaps scimitus ont été observés dans des nids de colonies d’abeilles mellifères à l’état sauvage, dans le fond desquels grouille par ailleurs
une biodiversité peu étudiée d’insectes, de champignons, d’unicellulaires, de vers et de microorganismes. Il est possible que ce microcosme vivant
dans la couche de déchets générée par l’activité des abeilles soit indispensable à la bonne santé des colonies et augmente leurs chances de survie. Des études plus approfondies sur tout ce petit monde qui partage l’habitat des abeilles depuis des dizaines de milliers d’années pourraient faire évoluer nos idées sur les conditions sanitaires nécessaires
à l’autonomie et à la survie des colonies d’abeilles
. Notre capacité à en prendre soin en serait éclairée.


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5 réponses à “Varroa destructor et l’acarien prédateur

  1. Depuis cet été, j’ai construit des caissons, que j’ai placées en dessous de mes ruches. Ces caissons , d’une profondeur d’environ 35 cm, couvrent le fonds de chaque ruche. Dans ce caisson, j’ai mis du substrat provenant des bois, avec du terreau au fond, et du substrat qui doit encore décomposer, contenant des feuilles mortes, des aiguilles et des morceaux d’écorce en décomposition. J’humidifie de tant en tant ce terreau. J’espère que le pseudo-scorpion fera son apparition, pour faire son travail vis à vis du varroa ? A moins que je ne doive l’introduire moi-même ?

  2. Je suppose que les ruches sont déposées directement sur l’humus mais avec un treillis, type grille à reine pour empêcher les intrusions de plus gros animaux.

    En tant que jeune apiculteur j’essaye de favoriser ces méthodes. stratiolaelaps scimitus et pseudoscorpion idea ( les pseudoscorpions vivent depuis toujours en symbiose avec les abeilles au sein des ruches). Et eux aussi se nourrissent de varoma.

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